Une meilleure formation à moindre coût : même dans le secteur de l’aide à domicile, c’est possible !

Comment mieux vivre notre métier
Une meilleure formation à moindre coût : même dans le secteur de l’aide à domicile, c’est possible !

Avant de démontrer l’assertion contenue dans le titre, relatons 2 histoires que nous ont récemment partagées nos auxiliaires, chez Alenvi : la première, celle de Vanessa* qui a commencé un accompagnement chez Madame Hernault en septembre dernier. Alitée, celle-ci n’était plus sortie de chez elle depuis 2 ans, mangeait avec les mains, passait la journée en chemise de nuit. Dans ce contexte, Vanessa a déployé beaucoup d’énergie et d’enthousiasme à lui redonner confiance, à l’aider à regagner une partie de son autonomie, à profiter à nouveau du monde extérieur. Un matin, Madame Hernault est décédée subitement et Vanessa en a beaucoup souffert, tant le lien inconsciemment créé était fort.

La seconde, celle de Cécile*, qui intervient auprès de Madame Duval, personne âgée chez qui le contexte familial est difficile. Ses enfants ne s’entendent pas entre eux, certains n’ont plus de droit de visite mais viennent quand même, et Cécile se retrouve régulièrement à être sommée de prendre position au milieu d’un charivari familial, jusqu’au jour où elle a dû s’interposer entre 2 enfants qui en venaient aux mains. Elle a alors fait preuve de sang froid, posé les limites de son intervention et rappelé à chacun ses responsabilités.

Ces situations ne sont pas isolées, la plupart des intervenants à domicile y sont confrontés au quotidien.

Auxiliaire de vie à domicile, nous sommes des professionnels de l’empathie et non de la toilette

De quelles qualités ont dû faire preuve Cécile et Vanessa pour continuer à bien faire leur métier ? Comment ont-elles pu acquérir une telle capacité d’adaptation ? Dans quelle mesure les formations initiales principalement axées sur le savoir-faire ont-elles pu les aider ?

Notre métier consiste à créer un lien avec des personnes âgées pour qu’une fin de vie triste ne soit pas une fatalité pour elles

Mon propos n’est pas de décrier ces formations initiales qui permettent d’acquérir un savoir-faire technique indispensable pour aider les personnes en perte d’autonomie : il est évidemment important de connaître le déroulé des principaux actes de la vie quotidienne, ces gestes doivent être pratiqués à bon escient tout au long de la journée. Mais en réduisant l’accompagnement à des actes, on sous-estime fortement la dimension humaine. Dès lors, ne considérons pas que cette formation initiale suffit. Ne parlons plus de notre métier uniquement en termes techniques. Reconnaissons enfin que nous ne sommes pas des professionnels de la toilette ou de l’habillage mais bien des professionnels de l’empathie et que notre métier consiste à créer un lien avec des personnes âgées pour qu’une fin de vie triste ne soit pas une fatalité pour elles. Donnons les moyens à ces intervenants de s’alimenter en continu et de ne jamais “être seul”.

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La formation en continu vs le taylorisme figé dans le secteur de l’aide à domicile

Pour ce faire, une analyse de pratique doit être régulièrement proposée. Ce temps est fondamental car il agit comme un véritable sas de décompression. Il permet de reconnaître notre travail comme exigeant car on reconnaît ainsi que “cette prise de recul est nécessaire” pour bien faire notre métier. L’intervention d’un psychologue ou neuropsychologue ne permet non pas de plaquer des solutions toutes faites mais au contraire d’aider chacun à trouver ses propres solutions, en fonction de sa personnalité, son histoire, son parcours… Cette analyse peut également se réaliser entre pairs car la puissance de la transmission a plusieurs vertus : elle permet de se libérer du poids d’un accompagnement difficile, de se rassurer car “je ne suis pas seule à vivre cela”, et de progresser grâce aux retours de ses congénères. Il est indispensable d’envisager cette formation en continu car on n’a jamais fini d’apprendre. L’absence d’échange revient à être livré à soi-même et peut aboutir à des situations de maltraitance envers la personne accompagnée.

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Le second moyen est une boîte à outils dans laquelle ces professionnels vont trouver de la matière pour s’alimenter : nous avons la chance de vivre dans une époque où la technologie permet beaucoup de choses. Nous avons ainsi développé une application mobile dans laquelle nous, professionnels du secteur, pourrons trouver du contenu e-learning pour mieux comprendre les personnes âgées ayant des troubles cognitifs, pour mieux se connaître et identifier les émotions que nous ressentons en intervention. Prochainement, on y insérera des modules sur les gestes et postures à appliquer pour préserver sa santé, des conseils de nutrition… En somme, il est possible de rendre accessible du contenu indispensable pour bien réussir son métier.

Ce format est vertueux car il permet aux professionnels d’alterner entre leur pratique, des temps de recul et un accès à du contenu théorique disponible. Cette alchimie permet de progresser en continu, tout cela se réalisant au profit des personnes âgées !

Des formations à un tarif accessible et avec des résultats concrets sur l’activité d’aide à domicile

Question épineuse alors, comment financer ces formations ? Si vous interrogez des auxiliaires de vie sur la formation initiale qu’ils ont suivie, beaucoup répondront : “c’est long, on ne nous implique pas, on nous considère comme des exécutantes destinées à appliquer des tâches prédéfinies sans sortir du cadre”. Dès lors, ne serait-ce pas plus judicieux d’adapter le contenu et réduire cette formation initiale à quelque 150 heures et de proposer des heures de formation en continu par la suite ? Ceux qui ont la chance de le vivre vous diront qu’une analyse de pratique de 2h par mois transforme leur façon de vivre leur métier. Concrètement, cela fait 24 heures par an, soit 240 heures sur 10 ans et 390 heures en tout, c’est moins long que la plupart des formations initiales proposées aujourd’hui.

Dans les prochaines années, nous aurons un choix à faire : ou bien continuer à former des exécutants en masse ou bien changer de regard sur la formation pour leur permettre de réaliser leur métier dans de bonnes conditions.

Cette formation en continu n’est pas un plus, c’est un droit ! Combien de temps allons-nous supporter ces inégalités abyssales ? D’un côté l’auxiliaire précarisée qui travaille, isolée, avec des personnes vulnérables, qui peut connaître des problèmes sociaux et vivre de réelles situations de détresse ne se voit proposer aucune formation de développement personnel. De l’autre, un cadre d’une grande entreprise, souvent en bonne santé, évoluant sur le papier dans un environnement moins anxiogène, va se voir proposer des kyrielles de formations de ce type (savoir gérer son temps, renforcer son leadership…) qui, si elles “font du bien”, ne font pas partie intégrante de son coeur de métier.

Il est urgent de donner aux professionnels de l’empathie qui accompagnent nos aînés les moyens de bien réussir leur métier ! Dans les prochaines années, nous aurons un choix à faire : ou bien continuer à former des exécutants en masse et continuer à créer de la frustration chez les professionnels, ou bien changer de regard sur la formation pour leur permettre de réaliser leur métier dans de bonnes conditions.

Alenvi lance Compani pour aider les professionnels médico-sociaux à pratiquer un accompagnement humain

Nous avons apporté une première réponse en créant Compani, marque d’Alenvi dédiée aux professionnels du secteur. Compani ne propose pas de formation initiale mais ce complément de formation, en blended learning, qui manque tant aujourd’hui. Ces enseignements ne sont pas figés bien sûr, ils évolueront en permanence au gré des retours réalisés par les professionnels qui en bénéficieront.

*Les noms ont été modifiés, pas les histoires…

Découvrez cet autre article qui parle également de Compani et de notre offre de formation destinée aux professionnels de l’aide à domicile.