Le rôle passionnant de l’ergothérapeute auprès des personnes âgées

Accompagner une personne âgée, en pratique
Le rôle passionnant de l’ergothérapeute auprès des personnes âgées

Dans le parcours d’accompagnement d’une personne âgée à son domicile, le rôle de l’ergothérapeute est souvent peu connu alors qu’il est clé dans le maintien d’un cadre de vie agréable permettant de préserver au maximum l’autonomie. En effet, en échangeant avec les personnes âgées et leur entourage, l’ergothérapeute peut suggérer de nombreuses actions qui favorisent la remise en activité de la personne accompagnée et de ses proches.

Nous sommes allés à la rencontre de Caroline, ergothérapeute à Salon de Provence, pour mieux comprendre son métier et découvrir comment elle fonctionne avec les familles pour co-construire cette mobilité.

Comment l’ergothérapeute fonctionne pour aider une personne âgée à rester active ?

Les ergothérapeutes sont peu connus alors qu’ils ont une position intéressante puisqu’ils interviennent à la fois sur le champ médical et social. Ils peuvent ainsi faire le lien entre les nombreux professionnels qui interviennent à domicile pour un accompagnement dans le temps: les auxiliaires de vie, les Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD et IDEL), le Médecin traitant, le Kinésithérapeute, l’Orthophoniste, le revendeur de matériel médical, etc.

Par définition, notre rôle d’ergothérapeute prévoit une coopération avec les différents acteurs pour l’organisation des activités et la mise en place des moyens nécessaires à leur réalisation.

C’est le cas du travail en ESA (Equipe Spécialisée Alzheimer) qui s’appuie sur des relais comme les Auxiliaires de vie pour accompagner sur le long terme les actions que nous initions. Une équipe spécialisée Alzheimer intervient en effet pour un nombre limité de séances, quinze au maximum. Tout seuls nous ne pouvons donc espérer pleinement répondre aux besoins des familles et de leur proche âgé.

Comment l’ergothérapeute évalue ce qu’il est possible de faire pour accompagner la remise en activité d’une personne âgée ?

Lorsque nous sommes contactés, je me rends avec l’infirmière au domicile de la personne âgée pour une première évaluation. On prend alors le temps de faire connaissance avec la personne et son entourage pour comprendre comment cette perte d’autonomie a évolué dans le temps, comment elle s’inscrit dans le parcours de vie de la personne et les solutions que ses proches ont mis en place. On écoute ses aidants et on interroge les professionnels médico-sociaux qui connaissent la personne et la suivent.

On prend le temps de faire connaissance avec la personne âgée et son entourage.

Dans un deuxième temps nous affinons notre évaluation en observant comment la personne évolue dans son environnement:

Cela nous permet de faire émerger des attentes, des besoins, des envies, des problématiques, tant dans les relation avec son entourage que dans ses occupations à l’intérieur et à l’extérieur de son domicile.

Notre objectif est avant tout le bien-être de la personne âgée, sa qualité de vie et celle de ses aidants. C’est un tout qui implique de penser l’environnement au sens large c’est-à-dire en incluant les proches aidants et le cadre de vie.

Quelles difficultés pouvez-vous rencontrer dans le diagnostic de l’environnement d’une personne âgée ?

Tout l’enjeu est donc de remettre en activité une personne si elle est moins occupée par rapport à ce qu’elle faisait avant, même si elle vieillit et qu’elle ne peut pas forcément faire les mêmes activités.

Il y a deux axes sur lesquels on travaille souvent car ils peuvent freiner l’impact de nos actions.

Le premier c’est de dialoguer avec l’entourage de la personne âgée. Notre approche globale et systémique nous permet d’intégrer les aidants dans la mise en activité pour prendre soin de la personne âgée. Nous évaluons leurs capacités à s’adapter et à faire face, à trouver des solutions. Les situations où les aidants sont en difficulté pour s’adapter génèrent en effet plus de tensions qui limitent les bienfaits des activités mises en place.

Nous proposons des entretiens spécifiques avec l’aidant pour évaluer ce qui peut le motiver, pour connaître ses autres rôles et ainsi évaluer sa charge de travail. Nous adaptons toutes nos recommandations aussi en fonction de son ressenti. Nous lui demandons par exemple ce qui a changé dans sa vie depuis qu’il est aidant, comment se passe leur relation,comment il voit l’avenir, etc. Nous partons de son vécu et de son point de vue pour l’aider aussi à s’extraire de sa « fonction » d’aidant, se tourner vers ses propres besoins et trouver ses propres solutions.

En raisonnant en microcosme autour de la personne âgée, l’objectif est de créer un environnement qui permet tant à la personne qu’à ses proches de gagner en confiance face à la perte d’autonomie et ainsi diminuer leur stress.

Le second axe sur lequel il est important de faire changer le regard c’est celui de la formation des professionnels et la définition de leur rôle. Ils sont en effet souvent victimes d’une culture des services à domicile souvent restreinte aux besoins physiologiques des personnes âgées et qui ne prend pas suffisamment en compte leur bien-être au sens large.

Sont généralement mis en place des réponses à des besoins matériels (aide à domicile, entretien du logement, prise des repas, courses, matériel médical, etc) mais tout se complique quand il s’agit de prendre en compte des besoins jugés « plus secondaires » comme aller voir des amis ou voisins, jardiner, se promener, être accompagné à l’église, faire du shopping ou visiter un musée…besoins tout aussi essentiels pour l’équilibre d’une personne.

Comment l’ergothérapeute identifie précisément les activités possibles et sources de bien-être pour une personne âgée ?

Le plus important pour bien identifier ce qu’il est possible ou non de faire, c’est de comprendre le fonctionnement de la personne âgée en personnalisant au maximum l’évaluation et les propositions de soins. Chaque cas est unique. Nos recommandations doivent l’être aussi. Cela nécessite de sortir des représentations toutes faites pour coller aux besoins et à la situation de chaque famille qui est accompagnée.

Chaque cas est unique. Nos recommandations doivent l’être aussi.

Nous devons en outre particulièrement veiller à respecter la temporalité propre à chaque famille. En effet, des solutions proposées au mauvais moment ne recevront aucun écho.

Par exemple je suis intervenue auprès d’un couple plusieurs mois après la première demande des enfants. En effet, le mari refusait notre visite; cette fois il accepte de nous recevoir et il n’est plus en situation de « subir » notre intervention. Ce couple très dynamique avait l’habitude de gérer sa vie de manière très autonome. Ils organisaient encore récemment des colonies de vacances ou séjours pendant les périodes estivales et le reste du temps ils exerçaient leur métier de professeurs. En connaissant leur histoire, on comprend mieux pourquoi malgré leurs 80 ans, une maladie grave pour l’un, et une maladie d’Alzheimer pour l’autre, leur centres d’intérêts restent centrés sur des activités sociales d’extérieur. Être en groupe, entre amis ou en famille, organiser de nombreuses activités ont été leur quotidien toute leur vie. J’ai compris qu’ils ont besoin de voir du monde, de continuer à sortir le plus souvent possible, en partageant encore beaucoup d’activités ensemble ce qui procure un environnement occupationnel très stimulant pour l’épouse.

Autant d’informations très précieuses pour ensuite étudier avec eux les activités et services qui peuvent être mobilisés afin de rester au plus près de leurs habitudes de vie, tout en prenant en compte les capacités et besoins de chacun et leur sécurité. L’aidant en situation de fragilité aura besoin d’une attention particulière et le lien avec les enfants sera essentiel dans un tel contexte où l’aidant est également une personne à aider.