Les communautés apprenantes : un atout encore peu exploité par les structures médico-sociales

Comment mieux vivre notre métier
Les communautés apprenantes : un atout encore peu exploité par les structures médico-sociales

Selon Solon, homme politique de la Grèce antique, « on apprend chaque jour quelque chose de nouveau », même après un diplôme. L’apprentissage se fait ainsi tout au long d’une carrière. Dans le secteur médico-social, ce sont notamment les qualités de savoir-être qui prennent en maturité et permettent une meilleure gestion de la communication, de ses émotions et de la collaboration avec ses collègues, les familles et les partenaires de santé.

Partant de ce constat, Alenvi fonctionne en communautés apprenantes pour alimenter ce processus. C’est-à-dire que nous cherchons à favoriser au maximum la formation des auxiliaires, sous tous ses formats possibles y compris la mise en commun de connaissances entre pairs. Les équipes se développent ainsi professionnellement en continu et gagnent en agilité et capacité à trouver par soi-même ou en équipe des solutions.

Pourquoi nous croyons dans ces communautés apprenantes ? Quels procédés pour créer un contexte qui encourage ce partage de connaissances ? Léa Mar, Ingénieure pédagogique digitale chez Alenvi, nous explique tout cela dans son article.

Les communautés apprenantes : une nouvelle approche de l’apprentissage des auxiliaires de vie

Chacun a son propre rapport à l’apprentissage. Lorsque nous étions sur les bancs de l’école, nous pouvions être plus ou moins attentifs en classe, plus ou moins intéressés par les sujets abordés, avoir des professeurs sympathiques ou bien rentrer en classe avec la boule au ventre. Chaque auxiliaire de vie a eu des expériences variées, vient d’horizons différents voire, quelquefois, de secteurs différents, de la comptabilité à l’événementiel.

C’est pour cela que l’équipe formation d’Alenvi a eu l’idée d’organiser des rencontres pour échanger les bonnes pratiques : les vendredis pour se former. Nous partons des richesses de chacun pour créer un savoir collectif. Par exemple, Samuel, auxiliaire d’envie, est pompier volontaire. Lors d’une séance, il a initié ses collègues aux premiers secours.

Samuel, pompier volontaire et aussi auxiliaire de vie chez Alenvi enseigne à ses collègues les gestes de premier secours.
Samuel, pompier volontaire et aussi auxiliaire de vie chez Alenvi, enseigne à ses collègues les gestes de premier secours.

Ces temps donnés aux auxiliaires rassurent et libèrent la parole. En fait, nous avons suivi un tout autre schéma que l’approche pédagogique descendante. Nous sommes convaincus, comme le chantait Phil Collins, que : « En apprenant, tu enseigneras. En enseignant, tu apprendras. ». Les communautés apprenantes représentent cette vision de l’apprentissage actif.

« En apprenant, tu enseigneras. En enseignant, tu apprendras. »

Phil Collins

Un jour, une des auxiliaires d’envie demandait des conseils sur la conversation qui regroupe toute la communauté, car elle n’arrivait pas à gérer une situation de refus d’un bénéficiaire. En guise de réponse, beaucoup d’auxiliaires ont témoigné leur soutien et partagé leur expérience. Ils ont finalement proposé d’en parler posément autour d’une session vendredi pour se former. Cette réactivité permise par la technologie, est possible car il n’y avait pas d’intermédiaire. L’équipe formation a tout de suite reçu le message, et a rebondi pour aider au mieux les auxiliaires d’envie. Un sentiment de confiance, de bienveillance et de liberté de pouvoir raconter ses difficultés a permis cette entre-aide.

Un témoignage à retrouver dans l’article L’humain au coeur de l’organisation apprenante : le cas d’Alenvi réalisé par Learn Assembly Papers, le média des optimistes de l’employabilité.

La mise en place de communautés apprenantes permet de faire ressortir les échanges constructifs

Pour reprendre la définition de David A. Garvin, économiste, les communautés apprenantes tirent parti de leurs expériences pour créer, acquérir et transférer des connaissances, afin de modifier leurs comportements pour transmettre de nouvelles connaissances (Harvard Business Review juillet-août, 1993). Plus concrètement, elles facilitent l’apprentissage en encourageant chaque membre à partager ses connaissances afin de constituer un savoir commun.

Les communautés apprenantes facilitent l’apprentissage en encourageant chaque membre à partager ses connaissances afin de constituer un savoir commun.

David A. Garvin (1993)

Les communautés apprenantes donnent lieu à une remise en question continue et à des rencontres entre pairs. Le fait de ne plus se sentir seul, augmente l’engagement des membres et forme un cercle vertueux : un nouvel employé arrive, son intégration est améliorée grâce aux rencontres et apprentissages de la communauté apprenante, son sentiment d’appartenance et de reconnaissance augmente, lui aussi veut s’investir et partager ses savoirs, ce qui affecte positivement le groupe et plus largement l’organisation.

Fonctionnement des communautés apprenantes chez Alenvi

Chez Alenvi, les auxiliaires sont accueillis au même endroit que l’équipe du siège dans le but de pouvoir partager des informations dans un environnement plus informel et sans intermédiaire. Chacun peut discuter autour d’un café dans la cuisine, d’une bise dans le couloir, ou d’un bonjour dans les salles de réunion.

On est en contact quotidien avec les auxiliaires et eux-mêmes peuvent rencontrer leurs collègues auxiliaires. Cette disposition est bénéfique à tout le monde. D’une part, l’équipe du siège (le marketing, les coach commerciaux, la formation, les développeurs…) peut échanger avec eux pour connaître et comprendre au mieux leur métier. D’autre part, les auxiliaires se voient en face à face et peuvent aussi discuter avec l’équipe du siège (problèmes techniques, gestion des remplacements…).

Les communautés apprenantes rendent l’apprentissage continu et informel à condition d’être soutenu par des rites

Pour Alenvi, les communautés apprenantes, sont d’efficaces canaux de transmissions de connaissances qui peuvent être encouragés par des rites et outils technologiques.

Dès l’arrivée d’un nouveau salarié, celui-ci a la possibilité de participer à des moments « vis ma vie » (en intervention pour les membres du siège, au siège pour les auxiliaires). C’est l’occasion de mieux connaître le métier de ses collègues, de développer de l’empathie et mieux comprendre leur quotidien. Par exemple, certains membres de l’équipe formation ne connaissaient pas le secteur avant d’intégrer l’entreprise. Ces temps d’observation du métier d’auxiliaire de vie, leur ont permis de mieux comprendre leurs missions, leurs difficultés et leurs besoins. Les formations sont construites avec des témoignages d’auxiliaires, des cas concrets et des connaissances utiles lors des interventions.

La technologie est aussi un outil au service de leur réussite. C’est d’abord, un moyen de communication par messagerie instantanée et surtout un support aux formations. Celles-ci sont cataloguées dans une application mobile, Compani. Grâce aux partages d’expériences et à l’apport d’autres professionnels du secteur, Alenvi relaye les difficultés et les astuces des auxiliaires dans plusieurs formations sur Compani (communiquer avec des personnes atteintes de troubles cognitifs, créer des animations ludiques et adaptées au bénéficiaire…). La formalisation des connaissances, permet de les mémoriser et de les diffuser.

En plus de cela, le groupe a mis en place des rites pour favoriser la collaboration et l’apprentissage entre pairs. Des réunions sont organisées tous les 15 jours pour chaque équipe autonome. C’est un moment pour faire le point sur l’accompagnement des bénéficiaires et leur coordination. Les auxiliaires mettent en commun les informations sur les bénéficiaires et leurs astuces afin que chacun soit au courant. Cela améliore la qualité de l’accompagnement lors des remplacements.

Les communautés apprenantes facilitent la transmission de connaissances et améliorent la qualité des interventions des auxiliaires de vie au domicile.

La légitimité des communautés apprenantes se renforce petit à petit, grâce aux personnes qui la rejoignent. Les auxiliaires améliorent leurs connaissances opérationnelles, qui sont directement axées terrain. Ils apprennent ensemble à apprendre de leur expérience et développent une écoute active. A la suite d’un atelier vendredi pour se former sur le thème de l’alimentation, les auxiliaires ont créé une conversation de groupe pour partager leurs idées de recettes à cuisiner à leurs bénéficiaires.

On cherche à apprendre en interne mais aussi en externe. On s’enrichit des partages des bénéficiaires, des aidants, des partenaires… Chacun a une pierre à apporter dans ce secteur que nous souhaitons plus respectueux du travail des professionnels, de l’autonomie des personnes âgées et du rôle indispensable des aidants. C’est dans cette envie de réhumaniser le secteur que l’on invite les structures à encourager les initiatives de partage d’expérience.