Comment mieux comprendre les personnes âgées touchées par la maladie d’Alzheimer ?

Accompagner une personne âgée, en pratique
Comment mieux comprendre les personnes âgées touchées par la maladie d’Alzheimer ?

Le mardi 6 novembre, j’ai eu la chance d’assister à la rencontre entre Sarah, neuropsychologue spécialiste des troubles cognitifs et Olivier, réalisateur d’un documentaire sur sa grand-mère traitant de la perte de mémoire liée à la maladie d’Alzheimer. L’un comme l’autre connaissaient par coeur cette vidéo, et ils ne s’étaient jamais vus.

Un reportage vidéo comme outil de formation pour illustrer les symptomes de la maladie d’Alzheimer

Il est 17h30 et nous travaillons depuis 3h avec Sarah sur les formations à destination des auxiliaires de vie. Le sujet du jour ? Les fonctions exécutives, indispensables pour agir au quotidien. Le texte, les exemples, les illustrations, tout est à construire. Mais une chose nous rassure, nous avons à disposition un reportage vidéo d’une extrême qualité, car d’une vérité et d’une humanité sans égale.

"Je n’ai jamais trouvé quelque chose d’aussi profond et vrai pour illustrer à de futurs auxiliaires de vie, les symptômes liés à la maladie d’Alzheimer."
Sarah, Neuropsychologue

Ce reportage vient de l’émission Strip Tease, une référence dans le monde du documentaire, diffusée sur France 3 depuis les années 90. Le titre est évocateur, peut-être trop fataliste : “la mémoire qui flanche”. Sarah adore cette vidéo de 20 min et l’utilise dans ses cours et ses formations depuis quelques années. "Je n’ai jamais trouvé quelque chose d’aussi profond et vrai pour illustrer les symptômes liés à la maladie d’Alzheimer à des futurs auxiliaires de vie. Le contraste entre ses bonnes capacités physiques et les troubles cognitifs relativement évolués en font un exemple particulièrement singulier".

Ainsi, l’idée nous est venue très rapidement d’utiliser cette vidéo. Mais, nous ne souhaitions en aucun cas, utiliser ce support sans avoir l’aval du réalisateur, en l’occurrence le petit-fils de la protagoniste principale : Olivier. Il fallait donc nous rencontrer.

Un documentaire artistique qui retranscrit avec justesse ce qu’est la maladie d’Alzheimer

Olivier est arrivé vers 17h45. Et rapidement, nos intérêts respectifs sont devenus mutuels. Vous savez, l’un de ces moments où nous rencontrons des inconnus, mais avec cette étrange impression de s’être croisés mille fois. Sarah et Olivier connaissaient par coeur la vidéo mais d’un point de vue différent, d’un côté comme support éducatif, de l’autre comme production artistique. Olivier souhaitait en savoir plus sur l’utilisation de sa vidéo, et Sarah les coulisses du tournage afin de mieux appréhender cette vieille dame âgée qu’elle ne connaissait qu’à travers le prisme d’une caméra.

“Il arrivait à ma grand-mère d’aller sur la Croisette, à Nice, en peignoir. A la fin, ce n’était plus vivable, ni pour elle, ni pour nous” nous explique Olivier.

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Une scène est revenue plus souvent que les autres dans la discussion, celle dite “des murmures dans le jardin”. L’une des caractéristiques principales des personnes atteintes de troubles cognitifs sont les réminiscences doublées d’une grande labilité émotionnelle. Ce symptôme est particulièrement difficile à illustrer car extrêmement intériorisé. Pourtant, Olivier est parvenu à le faire et c’est probablement le seul à avoir réussi.

"Ses troubles de comportement cachaient un grand sentiment de détresse qu’il fallait simplement comprendre” Olivier, réalisateur du reportage "La mémoire qui flanche" diffusé sur Strip-Tease

Je vous conseille de regarder cette scène où cette grand-mère est dans son jardin et oscille entre souvenirs, anxiété, préparation du dîner, et peur du lendemain. Nous sommes dans le vrai !

Créer un lien d’autant plus humain grâce à des formations sur les troubles cognitifs liés à la maladie d’Alzheimer

“Je suis heureux de voir que mon travail est utilisé depuis de nombreuses années par des professionnels de santé, et surtout qu’il puisse avoir une utilité sociale. Permettre à des milliers de professionnels de l’aide à domicile d’être mieux formés à la compréhension des troubles cognitifs, pour in fine, créer du lien avec ces personnes, correspond à mes valeurs” ajoute Olivier. “Vous savez, ma grand-mère, elle en a fatigué des auxiliaires de vie ! Elle n’était pas facile, c’est vrai, mais en creusant un peu, ses troubles de comportement cachaient un grand sentiment de détresse qu’il fallait simplement comprendre”.

Vous savez, ma grand-mère, elle en a fatigué des auxiliaires de vie !

Evidemment, c’est toujours plus facile à dire qu’à faire. Mais, grâce à cette rencontre, et plus globalement au travail que nous menons, l’espoir de voir émerger un accompagnement plus humain et axé sur l’empathie, devient plus concret que jamais. Cet exemple n’est qu’une illustration supplémentaire du besoin urgent de travailler collectivement sur ce sujet.

Cet article est à retrouver dans la troisième édition du magazine Alenvi que vous pouvez consulter et télécharger ci-dessous.

Former-au-savoir-etre-les-auxiliaires-de-vie-magazine-Alenvi-3