Aide à la mobilité d’une personne âgée, quand sortir devient une aventure !(Episode 1)

Accompagner une personne âgée, en pratique
Aide à la mobilité d’une personne âgée, quand sortir devient une aventure !(Episode 1)
DES MOMENTS QUI FONT DU BIEN

La perte d’autonomie impacte la mobilité d’une personne âgée

Aujourd’hui c’est la grande sortie, enfin je l’espère !

Depuis bientôt un an, suite à un AVC, vous ne sortez plus. Vous passez vos journées sur le canapé à tricoter, et tricoter encore, et toujours. Et chaque jour, je vous vois avec une pelote différente. Je n’ai jamais vu une personne qui avait autant de pelotes de laine, il y en a partout, une vraie caverne d’Ali Baba. Je m’amuse toujours à vous demander de me tricoter une écharpe, et la réponse est toujours la même : vous tricotez uniquement pour vos filles. Et lorsque j’arrive, vous êtes là assise, en chemise de nuit et robe de chambre que vous ne quitterez pas de la journée.

Plus envie de s’habiller, plus envie de sortir, plus envie de faire des jeux, d’écouter de la musique. Juste tricoter et discuter de temps en temps, et surtout continuer à rester avec votre époux qui vous soutient chaque jour, malgré la fatigue et l’épuisement.

Quand vous souriez, tout votre visage s’illumine, c’est fou comme un sourire peut amener le plaisir d’être là avec vous.

Suite à votre AVC, outre les pertes de mémoire dont vous êtes pleinement consciente, vous faites des fausses routes et nous sommes obligés de vous préparer des plats mixés. Ah, les plats mixés, quelle histoire ! Vous vous plaignez de toujours manger la même chose et je vous comprends, c’est loin d’être appétissant, ce bol avec cette bouillie qui prend des couleurs différentes chaque jour. Mais nous avons tout essayé, rien n’y fait. Donc retour à la bouillie, malgré nous. Et tous les jours, quand vous vous installez à table, je vois cette moue de dégoût sur votre visage, et vos réflexions quant à la consistance de votre plat, en reluquant l’assiette de votre époux, composée d’une salade d’endives, pommes et noix, et de son steak pommes de terres sautées.

Nous avons fini par comprendre avec votre époux, qu’il fallait vous laisser dire, car finalement vous finissez par manger toute la bouillie, tout en grommelant, et faisant des grimaces. Ce n’est que pour le dessert qu’un sourire apparaît sur le bout de vos lèvres. Et quand vous souriez, tout votre visage s’illumine, c’est fou comme un sourire peut amener le plaisir d’être là avec vous.

Les auxiliaires de vie sont une aide de qualité pour la mobilité d’une personne âgée

Aujourd’hui, vous avez rendez-vous chez le dentiste. Nous avons tenté d’en trouver un qui se déplace à domicile mais sans succès. J’arrive un peu plus tôt ce jour-là, votre époux est angoissé à l’idée que vous refusiez de sortir. Je vous trouve attablée devant votre café, il est midi, le rendez-vous est à 13h30, cela nous laisse de la marge. Je suis également un peu stressée par cette sortie, ou du moins cette première sortie.

Vous passez au salon entourée de vos pelotes de laine. Votre époux vous tend votre pantalon. Vous commencez à vous énerver, vous ne voulez pas y aller, à votre âge vous trouvez cela ridicule, vous préférez que l’on vous laisse en paix. Votre époux tente de vous raisonner, mais rien n’y fait, bien au contraire, cela vous agace plus qu’autre chose. D’un signe de la tête, je lui fais comprendre que cela ne sert à rien, et qu’il vaut mieux vous laisser tranquille. Je reste donc assise à vos côtés, vous, continuant à tricoter. Après quelques minutes de silence, vous reprenez la conversation, ou plutôt vous ne lâchez pas le fil de la conversation, en revenant sur ce rendez-vous : vous n’avez pas envie d’y aller. Je vous dis alors, que si j’étais à votre place, je n’aurais pas envie non plus, mais c’est nécessaire, vous ne pouvez pas y échapper.

Silence à nouveau de votre part, vous prenez le pantalon, me regardez et dites :

Maintenant, le choix des chaussures, c’est une autre paire de manche !
Votre époux a sorti deux paires de boots fourrées, que vous n’avez jamais utilisées, vu que vous n’avez plus mis le nez dehors depuis un an, et que vous passez vos journées en chausson. Je vous fais essayer la première paire (boots neuve achetées par vos filles). Mince ! Vous trouvez ça trop serré, allez hop, la deuxième paire, un peu serrée mais je vous dis que ça ira car vous serez sur votre fauteuil roulant. Vous faites une moue, juste une moue et gardez les boots.

Et pendant ce temps là, mine de rien le temps passe, il faut accélérer mais pas trop, afin de ne pas vous braquer… tout en douceur.

Cette semaine, la température a bien baissé, il ne fait que 4 degrés. Vous avez deux pulls, un pantalon molletonné, des boots fourrées, votre époux a sorti votre manteau de fourrure, une écharpe et une chapka. Avec ça, nous espérons que vous n’aurez pas froid, et que vous n’attraperez pas de pneumonie !

Je vous installe sur le fauteuil, nous sortons tous les trois, empruntant l’ascenseur du 20ème jusqu’au Rez-de-Chaussée.

Le dentiste est à l’angle de la rue et, oh stupeur, arrivés devant l’entrée de l’immeuble, celui-ci est bloqué par des travaux : une pancarte nous indique que l’entrée se fait par la rue adjacente. Retour sur nos pas, nous nous disons tout haut que le dentiste aurait pu nous prévenir, mais bon ! Nous rentrons dans un immeuble, un grand couloir, et accédons à l’ascenseur. Une fois à l’intérieur, un message affiche : « ascenseur en panne ». Nous ressortons, il va falloir monter un étage à pied. Vous râlez, mais avec une agilité impressionnante, je vous vois monter les escaliers à mon bras.

Enfin, nous entrons dans le cabinet du dentiste, je vous installe sur ledit fauteuil, l’examen peut se faire.

Le rendez-vous fini, nous repartons. Avec votre époux nous décidons d’aller faire des courses à la grande surface d’à côté. Nous nous engouffrons dans le magasin, vous ne dites rien, et vous vous laissez conduire à travers les rayons. Votre époux semble heureux que vous soyez là. Pour lui aussi ça fait une sortie. Arrivés à la caisse, je vous regarde et vous dis :
– « Tout compte fait, nous y sommes arrivés »
– « A quoi ? » me répondez-vous.
– « A ce que vous sortiez, je suis contente »
Vous ne me répondez pas, mais vous esquissez un sourire.

Voilà, rien d’exceptionnel en soi, mais pour vous, si, car depuis 6 mois, mes collègues et moi-même tentions des sorties sans succès.

Il faudra attendre 15 jours, pour une deuxième sortie, nous n’en sommes pas là, mais ça ira, nous avons le bon équipement et le bon entrainement.

Un témoignage à retrouver sous format audio ci-dessous. La suite de cette épisode à lire ici.

Texte écrit par Isabelle, Auxiliaire d’Envie